La Fosse Arthour

La Fosse Arthour


Saint-Georges-de-Rouelley

Office de Tourisme de Mortain-Bocage / Domfront-en-Poiraie

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Une cluse au milieu du bocage

À la limite de la Manche et de l’Orne, la Fosse Arthour tranche avec les paysages bocagers qui l’entourent. La Sonce y traverse une barre de grès armoricain dans une gorge étroite appelée une cluse. Entre les rochers, les éboulis et les arbres, la rivière se faufile au milieu des blocs et forme par endroits de petites cascades. 1 2

Le relief surprend davantage encore lorsqu’on gagne les hauteurs. Sur le versant manchois, le rocher atteint 221 mètres d’altitude et domine la vallée de Saint-Georges-de-Rouelley. Il ne s’agit pas d’une montagne, mais l’encaissement de la rivière, les parois de grès et les pierriers donnent au lieu une allure inhabituelle dans cette partie de la Normandie. 3

Le site doit aussi une grande part de sa renommée aux récits qui l’entourent. Deux cavités visibles dans les rochers sont connues sous les noms de Chambre du Roi et de Chambre de la Reine. Depuis longtemps, la tradition locale les associe au roi Arthur et à Guenièvre. 4

Une histoire géologique ancienne

Le grès de la Fosse Arthour provient de sables déposés dans une mer ancienne il y a environ 470 millions d’années. Enfouis sous d’autres sédiments, ces sables ont été compactés jusqu’à former une roche particulièrement résistante. Environ 120 millions d’années plus tard, des mouvements de la croûte terrestre ont soulevé, plissé et fracturé les terrains. 2

L’érosion a ensuite usé les roches les plus tendres, tandis que les bancs de grès sont restés en relief. La Sonce a profité d’une zone fracturée pour franchir la barre rocheuse et creuser progressivement son passage. La gorge actuelle résulte donc d’une très longue histoire où se mêlent mouvements géologiques et action de l’eau. 2

Les pierriers accumulés au pied des parois sont plus récents. Pendant les périodes froides, l’eau infiltrée dans les fissures gelait puis augmentait de volume. La répétition du gel et du dégel a détaché des blocs de grès qui ont roulé sur les pentes. Ce phénomène porte le nom de gélifraction. 2

Des milieux naturels variés

La Fosse Arthour réunit sur une petite superficie des milieux très différents. Des landes sèches occupent les hauteurs, tandis que les secteurs plus bas accueillent des landes humides, des prairies et les abords de la Sonce. Les sols minces, pauvres et acides favorisent notamment la callune, les bruyères, les ajoncs et la myrtille. 2 5

Ces landes ne sont pas totalement sauvages. Pendant longtemps, la fauche et le pâturage des chèvres ou des moutons ont limité l’installation des arbres. Après le recul de ces pratiques, certaines parcelles se sont transformées en friches puis en boisements. Des interventions restent donc nécessaires pour conserver une mosaïque de milieux ouverts et forestiers. 2 5

La flore locale présente une influence submontagnarde rare en Normandie. Le Conservatoire botanique national de Brest décrit notamment, sur les falaises de grès, une lande dominée par la myrtille et la callune. La fougère des montagnes, l’alchémille vert-jaune, le lycopode en massue et le polypode du hêtre figurent parmi les plantes signalées dans ce secteur au climat frais et arrosé. 6

La rivière apporte d’autres habitats. Son eau vive et bien oxygénée convient à la truite fario et au chabot commun. Dans les bois, on peut rencontrer le pic épeiche, la sittelle torchepot ou le coucou gris. L’oreillard roux chasse à la tombée de la nuit, tandis que la salamandre tachetée trouve refuge sous les feuilles et le bois mort. 2

Un paysage façonné par les activités humaines

Les rochers et les landes donnent une impression de nature intacte, mais le paysage porte de nombreuses traces d’occupation humaine. Les habitants ont longtemps utilisé les prairies, le bois et la pierre. Les landes elles-mêmes se sont développées dans un contexte d’exploitation ancienne des forêts, qui alimentaient notamment les forges et les verreries de la région. 2

À l’ouest du massif, le grès armoricain a été extrait jusque dans la première moitié du XXe siècle. L’ancienne carrière du Gué Saffray rappelle cette activité. Elle a ensuite servi un temps de terrain de moto-cross avant d’être rendue à un usage plus calme. La végétation y a repris place et le jonc raide, une plante d’affinité montagnarde, y est notamment signalé. 2 7

L’étang voisin est également un aménagement humain. Créé en 1978 sur une zone humide, il couvre environ deux hectares. Il devait contribuer à la régulation du débit de la Sonce tout en ajoutant un lieu de promenade. Un chemin permet aujourd’hui d’en faire le tour. 7

Plus haut, le Calvaire du Roc marque la crête. Cette grande croix de granit a été érigée en 1972 à l’initiative des Amis de la Fosse Arthour. Le chemin passe à proximité d’itinéraires empruntés par les randonneurs et par des marcheurs en direction du Mont-Saint-Michel. 7 8

Arthur et Guenièvre

La légende la plus connue raconte qu’Arthur et Guenièvre auraient trouvé refuge à la Fosse Arthour. Le roi aurait occupé une grotte sur un versant de la gorge, la Chambre du Roi, tandis que la reine vivait dans la Chambre de la Reine, de l’autre côté de la Sonce. Une puissance attachée au lieu leur aurait interdit de se rejoindre avant le coucher du soleil. 2 4

Un jour, Arthur aurait tenté de traverser trop tôt. La rivière, soudainement grossie, l’aurait entraîné dans le gouffre. En apercevant sa disparition, Guenièvre se serait précipitée à son tour depuis le rocher. Certaines versions ne les disent pourtant pas morts : ils dormiraient encore dans les profondeurs de leurs cavernes. 2 4

Les grottes existent bien, mais aucun élément historique ne relie le roi Arthur à la Fosse Arthour. Ce récit appartient à la tradition orale et littéraire. La fiche du site classé rappelle d’ailleurs qu’au XVIIIe siècle le lieu était appelé « fosse à Retour », d’après le nom d’un propriétaire qui y exploitait une carrière. Le rapprochement avec Arthur s’est imposé dans l’imaginaire local. 4

Les autres récits du site

Arthur et Guenièvre ne sont pas les seuls personnages attachés au lieu. Au pied d’une cascade, une vasque passait autrefois pour un gouffre sans fond. Une histoire racontait que les paysans pouvaient y déposer une pièce d’argent à la tombée de la nuit. Au matin, deux taureaux envoyés par Arthur sortaient de l’eau pour les aider aux travaux des champs. 7

Un autre récit concerne un vieil if situé près de la route et du chemin de la Primordiaire. Une statue de la Vierge aurait été placée jadis dans une cavité de son tronc. Selon la croyance locale, l’écorce se serait refermée autour d’elle et la dissimulerait toujours. 7

Ces histoires ne doivent pas être lues comme des faits. Elles montrent plutôt comment les habitants ont interprété un paysage fait de grottes, d’eaux vives, d’arbres anciens et de rochers difficiles d’accès.

Un patrimoine protégé

La valeur de la Fosse Arthour ne tient pas seulement à ses légendes. Une partie de ce paysage, couvrant 27 hectares, est classée depuis le 17 juin 1994. Ses abords bénéficient aussi d’une inscription destinée à préserver l’ensemble formé par la gorge et son environnement. 4 5

Le site appartient également au réseau Natura 2000, au sein de la zone spéciale de conservation « Landes du Tertre Bizet et Fosse Arthour ». Cette désignation vise notamment les landes et les habitats naturels associés aux affleurements de grès. La Fosse Arthour est aussi reconnue comme Espace naturel sensible par les départements de l’Orne et de la Manche. 1 3 9

Ces protections n’interdisent pas la découverte du lieu, mais elles demandent quelques précautions simples : suivre les chemins, ne rien cueillir, ne pas abandonner de déchets et éviter de déranger la faune.

Préparer la visite

Un parking permet d’accéder au site depuis le lieu-dit La Fosse Arthour, à Saint-Georges-de-Rouelley. Le sentier est ouvert toute l’année. Les supports officiels présentent un parcours de découverte fléché de 4,7 km et un circuit balisé d’environ 6 km ; le tracé à suivre dépend donc du parcours choisi et de la signalétique présente sur place. 1 2 10

Le terrain comporte des pentes, des racines et des passages rocheux. Après la pluie, certaines portions peuvent être glissantes : des chaussures adaptées sont préférables. Pour préserver les milieux fragiles, il convient de rester sur les chemins balisés et de tenir les chiens en laisse.

Le GR® 22, itinéraire de grande randonnée vers le Mont-Saint-Michel, traverse également le secteur. Il rejoint notamment le Calvaire du Roc et permet d’intégrer la Fosse Arthour à une randonnée plus longue. 8 11

Les falaises constituent enfin un site d’escalade reconnu. La Fédération française de la montagne et de l’escalade recense 180 voies, cotées du 3c au 8b. Avant toute pratique, il est indispensable de consulter la fiche fédérale, de vérifier les conditions locales et d’utiliser un équipement adapté. 12

Les renseignements sur les visites guidées, l’état des sentiers et les éventuelles restrictions peuvent évoluer. Avant le départ, il est conseillé de consulter les pages officielles du Département de l’Orne et de l’Office de Tourisme Mont Saint-Michel Normandie. 1 8


Sources

  1. Département de l’Orne. « La Fosse Arthour » — présentation de l’Espace naturel sensible, circuit balisé, parking et visites guidées. Consulter la page
  2. Département de l’Orne, Département de la Manche et Parc naturel régional Normandie-Maine. La Fosse Arthour — parcours de découverte consacré à la géologie, aux landes, à la faune, aux usages anciens et aux légendes. Consulter le document PDF
  3. Département de la Manche. « La Fosse Arthour » — présentation de l’Espace naturel sensible et altitude du rocher. Consulter la page
  4. DREAL Normandie. Romans de la Table ronde — Fosse Arthour, fiche du site classé no 50070 — protection, paysage, toponymie et tradition arthurienne. Consulter la fiche PDF
  5. DREAL Normandie et Parc naturel régional Normandie-Maine. Document d’objectifs du site Natura 2000 « Landes du Tertre Bizet et Fosse Arthour » — habitats, protections et gestion écologique. Consulter le document PDF
  6. Goret, Marie et Glémarec, Erwan. « Les landes submontagnardes bas-normandes à Vaccinium myrtillus et Calluna vulgaris sur grès armoricain », Erica, no 27, 2014, p. 49-56 — étude du Conservatoire botanique national de Brest. Consulter l’article PDF
  7. Office de Tourisme Mont Saint-Michel Normandie. La Fosse Arthour — Chambre du Roi, Chambre de la Reine, cascade, carrière, étang, Calvaire du Roc et if séculaire. Consulter le document PDF
  8. Office de Tourisme Mont Saint-Michel Normandie. « La Fosse Arthour » — informations touristiques, randonnée et passage du GR® 22. Consulter la page
  9. Légifrance. Arrêté du 3 novembre 2014 portant désignation du site Natura 2000 « Landes du Tertre Bizet et Fosse Arthour » (zone spéciale de conservation FR2500076). Consulter l’arrêté
  10. Normandie Tourisme. « La Fosse Arthour » — présentation du site et circuit balisé. Consulter la page
  11. Fédération française de la randonnée pédestre. « La Grande Randonnée vers Paris dans la Manche » — passage du GR® 22 par la Fosse Arthour. Consulter la page
  12. Fédération française de la montagne et de l’escalade. « La Fosse-Arthour » — fiche du site naturel d’escalade et caractéristiques des voies. Consulter la fiche

Sources vérifiées le 21 septembre 2026.