
Le Prieuré Saint-Ortaire
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Un ancien lieu de pèlerinage en lisière de forêt
À Bagnoles de l’Orne Normandie, dans le secteur de l’ancienne commune de Saint-Michel-des-Andaines, le Prieuré Saint-Ortaire se trouve au hameau du Bas-Bézier, en lisière de la forêt d’Andaine. Saint-Michel-des-Andaines est devenue commune déléguée de Bagnoles de l’Orne Normandie au 1er janvier 2016. 1
Le lieu doit sa réputation à saint Ortaire, ermite associé à l’évangélisation de la région au VIe siècle, mais aussi à une tradition de guérison particulièrement originale : les cailloux guérisseurs. 2 3
Le prieuré forme aujourd’hui un ensemble singulier où se côtoient deux chapelles, une source, un jardin et plusieurs traces de pratiques religieuses anciennes. Le rituel des pierres pratiqué autour du sanctuaire a été étudié et inscrit dans l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. 4
Saint Ortaire, l’ermite guérisseur
La tradition présente Ortaire de Landelles comme un ermite installé dans cette région au VIe siècle. Il aurait évangélisé les populations locales et serait devenu au fil des siècles une figure associée aux guérisons miraculeuses. 2
Saint Ortaire est notamment invoqué pour les rhumatismes, les maladies de la tête et certaines affections touchant les yeux. Les traditions populaires le présentent également comme un saint auquel on pouvait confier les maladies des enfants et des membres inférieurs. 2 3
Ces récits appartiennent à la tradition religieuse et populaire du site. Ils ne constituent pas des preuves médicales d’une efficacité thérapeutique.
Le rituel des cailloux guérisseurs
La pratique la plus célèbre du prieuré consiste à déposer une petite pierre sur ou près d’un arbre, à la hauteur correspondant à la partie du corps que l’on souhaite voir guérir.
La taille de la pierre était traditionnellement proportionnelle à l’importance du mal. Selon la croyance, lorsque la pierre tombait naturellement, la personne pouvait considérer que le mal avait disparu. 2 4
Cette pratique a laissé une trace très visible dans le paysage. Des petits cailloux peuvent encore être observés autour des statues et sur différents éléments du sanctuaire. Le rituel constitue l’un des exemples les plus singuliers de pratiques dévotionnelles populaires conservées dans la région. 4
Une pratique inscrite au patrimoine culturel immatériel
Le rituel du prieuré n’est pas seulement rapporté par des brochures touristiques.
Il a fait l’objet d’une enquête ethnologique et figure dans l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel sous la fiche consacrée au végétal en Normandie et au prieuré Saint-Ortaire. Cette étude s’intéresse notamment aux relations entre les arbres, les pierres, les sources et les pratiques de guérison. 4
Cette reconnaissance est intéressante car elle montre que le patrimoine du prieuré ne se limite pas à ses bâtiments. Les gestes, les croyances et les usages transmis autour du lieu font eux aussi partie de son histoire.
La source Saint-Ortaire
À proximité du prieuré se trouve la source Saint-Ortaire, à laquelle la tradition attribue elle aussi des vertus guérisseuses.
Selon la croyance locale, l’eau de cette fontaine serait bénéfique contre les rhumatismes, certaines maladies de la tête et des yeux. Le rapport entre la source et le culte de saint Ortaire a contribué à renforcer le caractère guérisseur du site. 3 6
L’eau, les pierres et les arbres forment ainsi les trois éléments principaux du paysage traditionnel du prieuré.
Un prieuré situé dans une forêt arthurienne
Le Prieuré Saint-Ortaire possède également une autre particularité : il se trouve au cœur d’un territoire présenté officiellement comme une forêt arthurienne.
L’office de tourisme de Bagnoles-de-l’Orne explique que la forêt des Andaines a largement nourri l’imaginaire des légendes de la Table ronde. Une Balade du Roi Arthur traverse ainsi la forêt et passe notamment par le prieuré Saint-Ortaire. 7 8
Il ne faut cependant pas confondre cette tradition touristique avec une légende selon laquelle Arthur aurait vécu au prieuré. Le lien est géographique et légendaire à l’échelle de la forêt des Andaines. La tradition arthurienne la plus directement associée au territoire concerne notamment la Fosse Arthour, où Arthur aurait séjourné dans une grotte appelée la Chambre du Roi. 7
La Balade du Roi Arthur
Le prieuré constitue l’une des étapes de la Balade du Roi Arthur, une boucle pédestre d’environ 5,5 km au départ de Bagnoles-de-l’Orne. L’itinéraire est classé comme facile et demande environ deux heures selon les indications touristiques actuelles. 8
Le circuit permet de relier plusieurs lieux associés à l’imaginaire de la forêt des Andaines :
- le chêne Lancelot du Lac ;
- le chêne du Roi Arthur ;
- la source Saint-Ortaire ;
- le Prieuré Saint-Ortaire ;
- la source Sainte-Radegonde ;
- le chêne Hippolyte ;
- la Pierre au Trésor. 8
Le prieuré occupe donc une place particulière dans ce parcours : il constitue le point où l’univers religieux de saint Ortaire rencontre la forêt légendaire associée à Arthur et aux chevaliers de la Table ronde.
Le chêne du Roi Arthur et le chêne Lancelot
La forêt entourant le prieuré possède plusieurs arbres auxquels la tradition locale a donné des noms empruntés à l’univers arthurien.
Le chêne du Roi Arthur est un ancien chêne sessile aux dimensions remarquables. Le chêne Lancelot du Lac constitue un autre arbre remarquable du circuit, situé dans une parcelle où se mêlent notamment chênes, hêtres, pins et bouleaux. 7 8
Ces noms appartiennent à la mise en valeur légendaire de la forêt. Ils ne signifient pas que des sources historiques établissent la présence d’Arthur ou de Lancelot sur ces arbres précis.
Ils participent cependant pleinement à l’identité touristique de la forêt des Andaines et expliquent pourquoi le prieuré peut être intégré à une promenade sur les traces du roi Arthur.
La source Sainte-Radegonde
À proximité du prieuré se trouve également la source Sainte-Radegonde.
Cette source fait partie des étapes de la Balade du Roi Arthur. La tradition locale lui attribue des vertus contre l’eczéma, et l’eau de la source est décrite comme particulièrement riche en cuivre. 8
La présence de cette source ajoute un nouvel élément au paysage dévotionnel du secteur. Comme la source Saint-Ortaire, elle montre l’importance particulière accordée aux eaux et aux sources dans les traditions locales.
La Pierre au Trésor
La Balade du Roi Arthur réserve également une curiosité plus mystérieuse encore : la Pierre au Trésor.
Cette pierre aurait été redécouverte en 1977 par Pierre Courcelle, habitant de la ferme du Bas-Bézier. Elle est classée dans la catégorie des « pierres procureuses », c’est-à-dire des pierres auxquelles la tradition attribue le pouvoir de procurer ou de favoriser certaines choses. 8
Dans la tradition actuelle, il suffirait de toucher la pierre tout en formulant un vœu sincère pour espérer qu’il soit exaucé. Comme le rituel des cailloux du prieuré, cette pratique appartient au folklore local et participe à l’atmosphère mystérieuse de la forêt. 7 8
La forêt de Lancelot du Lac
L’imaginaire arthurien dépasse même la seule balade.
Une route touristique de Lancelot du Lac traverse le territoire de Bagnoles et du Domfrontais. Longue d’environ 121 kilomètres, elle relie différents sites associés à l’univers médiéval et légendaire, de la forêt des Andaines jusqu’à Domfront et d’autres lieux de patrimoine du territoire. 7
Le Prieuré Saint-Ortaire appartient donc à un paysage touristique beaucoup plus large dans lequel les histoires d’Arthur, de Lancelot, des ermites, des fées et des sources sont utilisées pour raconter le patrimoine du territoire.
Deux chapelles pour plusieurs siècles d’histoire
Le prieuré possède deux chapelles, construites à des périodes différentes.
La première est la chapelle des Servites de Marie, édifiée au début du XXe siècle sur les soubassements d’un ancien oratoire du XVIe siècle. Elle est dédiée à saint Ortaire et saint Pérégrin et est desservie par les religieux de l’ordre des Servites de Marie. 3 8
La seconde est la chapelle Saint-Ortaire et Sainte-Radegonde, chapelle privée datant de 1724 et construite sur l’emplacement d’un édifice plus ancien, primitivement élevé en 1336. 3 8
Les deux bâtiments témoignent donc de périodes très différentes de l’histoire du lieu.
La chapelle Saint-Ortaire et Sainte-Radegonde
La chapelle privée possède une histoire particulièrement originale.
Après les bouleversements de la Révolution française, les traditions locales racontent que les statues liées au culte de saint Ortaire et de sainte Radegonde furent conservées puis installées dans une grange familiale. Cette grange devint progressivement un nouveau lieu de dévotion. 4
L’édifice actuel est ainsi intimement lié à la continuité du culte de saint Ortaire et aux pratiques populaires qui ont survécu aux transformations politiques et religieuses du XVIIIe et du XIXe siècle.
La chapelle des Servites
La chapelle des Servites donne au prieuré son caractère religieux actuel.
Construite au début du XXe siècle, elle possède notamment un autel et des vitraux réalisés par l’abbé Bernard Chardon. L’édifice est toujours lié à la présence des Servites de Marie et au culte de saint Ortaire. 2 3
Le contraste entre cette chapelle récente et l’ancienne chapelle privée permet de mesurer l’évolution du site sur plusieurs siècles.
Le jardin et le « pré Marie »
Autour de la chapelle s’étend un jardin composé notamment de parties d’agrément et de secteurs consacrés au recueillement.
Un espace appelé le « pré Marie » participe à cette dimension spirituelle. Il comprend plusieurs éléments symboliques liés au parcours de la Vierge. Le jardin possède également un petit cromlech reconstitué, qui appartient à l’aménagement contemporain du site et ne doit pas être confondu avec un monument préhistorique conservé. 4
L’ensemble donne au prieuré une atmosphère très différente de celle d’un simple monument religieux isolé.
La légende du dragon de saint Ortaire
La mémoire de saint Ortaire possède également sa propre légende.
Selon un récit traditionnel, un dragon terrorisait autrefois les habitants de la vallée de la Vée. Il aurait exigé un tribut composé d’animaux et parfois de jeunes filles. Saint Ortaire aurait fini par affronter le monstre et l’aurait vaincu. 4
La légende raconte ensuite que le dragon aurait été pétrifié dans les rochers du Roc au Chien, près de Bagnoles-de-l’Orne.
Ce récit n’est pas une légende arthurienne : il appartient au cycle propre à saint Ortaire et au folklore de Bagnoles. Il constitue cependant une autre illustration de l’importance des récits fantastiques dans le patrimoine de la forêt des Andaines. 4
Le chêne Hippolyte
À quelques kilomètres du prieuré, dans la forêt des Andaines, se trouve le chêne Hippolyte.
Ce vieux chêne pédonculé est traditionnellement estimé à environ 300 ans. Son nom rend hommage à Hippolyte Foinet, garde forestier né en 1876 et mort en 1956, qui avait obtenu après la Première Guerre mondiale l’autorisation de protéger cet arbre remarquable. 6
Le chêne Hippolyte est l’une des étapes de la Balade du Roi Arthur. Il partage donc avec le chêne du Roi Arthur et le chêne Lancelot du Lac cette mise en scène du patrimoine forestier autour de l’imaginaire arthurien. 8
Une forêt entre histoire et légendes
La forêt des Andaines rassemble de nombreux récits traditionnels.
L’univers arthurien constitue l’un des fils conducteurs utilisés aujourd’hui pour raconter le territoire : Arthur, Lancelot, la Fosse Arthour, les arbres légendaires et la Pierre au Trésor en sont les principales références. 7
Mais cette forêt possède aussi d’autres histoires, liées aux ermites, aux saints, aux sources miraculeuses et aux rochers mystérieux. Le Prieuré Saint-Ortaire se trouve précisément à la rencontre de ces deux imaginaires : celui du pèlerinage chrétien et celui des légendes de la forêt. 4 7
Un pèlerinage autrefois très fréquenté
Le Bas-Bézier a longtemps été un lieu de pèlerinage très fréquenté, notamment le mardi de Pâques.
Les pèlerins venaient demander la guérison de différents maux, participer aux offices et pratiquer le rituel des pierres. Le lieu était également fréquenté par des curistes de Bagnoles-de-l’Orne, venus dans le contexte de leur séjour thermal. 4 8
Aujourd’hui, le pèlerinage appartient toujours à la mémoire et à la tradition du site, même si sa fréquentation ne doit pas être présentée comme équivalente à celle d’autrefois.
Un patrimoine vivant
Le Prieuré Saint-Ortaire est intéressant parce que certaines de ses traditions ont survécu jusqu’à aujourd’hui.
Le rituel des cailloux, la présence des sources, les pratiques de dévotion et la mémoire des guérisons font encore partie de l’identité du lieu. C’est précisément cette continuité qui distingue le prieuré d’un simple monument historique. 4
À proximité immédiate, la Balade du Roi Arthur ajoute une seconde lecture du paysage. Le visiteur passe ainsi d’un patrimoine religieux réel à un ensemble de lieux auxquels la forêt a donné une dimension légendaire. 7 8
Visiter le Prieuré Saint-Ortaire
Le site est présenté comme accessible toute l’année. La découverte peut être combinée avec une promenade dans la forêt des Andaines et avec la Balade du Roi Arthur, dont le parcours passe directement par le prieuré. 2 8
La balade permet ensuite de rejoindre la source Sainte-Radegonde, les chênes Lancelot du Lac, Roi Arthur et Hippolyte, puis la Pierre au Trésor. 8
Il convient naturellement de respecter le caractère religieux du site, de ne pas déplacer les pierres déposées dans le cadre des pratiques traditionnelles et de rester discret autour des chapelles et des espaces de recueillement.
Un lieu où saint Ortaire rencontre Arthur
Le Prieuré Saint-Ortaire possède finalement une identité assez rare.
C’est d’abord un ancien lieu de pèlerinage, marqué par saint Ortaire, les sources et le rituel des cailloux guérisseurs. C’est aussi un lieu intégré à la grande forêt des Andaines, elle-même présentée comme une forêt arthurienne par l’office de tourisme. 4 7
Le prieuré n’est donc pas présenté comme la demeure d’Arthur ni comme le théâtre d’un épisode précis de la légende arthurienne. Son lien avec Arthur passe par le paysage forestier et la Balade du Roi Arthur, qui relie le sanctuaire aux arbres, aux sources et aux pierres mystérieuses du secteur. 8
Entre religion, folklore, forêt et imaginaire arthurien, le Prieuré Saint-Ortaire constitue ainsi une étape originale pour découvrir les traditions de Bagnoles-de-l’Orne.
Sources
- Légifrance. Arrêté du 18 novembre 2015 portant création de la commune nouvelle de Bagnoles de l’Orne Normandie, prenant effet au 1er janvier 2016 et regroupant notamment Saint-Michel-des-Andaines. Consulter le texte officiel
- Normandie Tourisme. « Prieuré Saint-Ortaire » — histoire du lieu, saint Ortaire, rituel des cailloux guérisseurs, deux chapelles et informations pratiques. Consulter la page
- Destination Domfront Bagnoles. « Le Prieuré Saint Ortaire » — source Saint-Ortaire, pèlerinage, deux chapelles, Servites de Marie, Bernard Chardon et histoire du site. Consulter la page
- Ministère de la Culture — Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. « Le végétal en Normandie : le prieuré Saint-Ortaire » — rituel des cailloux, pratiques de guérison, histoire des chapelles, jardin, source et traditions. Consulter la fiche officielle PDF
- Destination Domfront Bagnoles. « Prieuré Saint-Ortaire » — informations touristiques et itinéraires autour du Bas-Bézier. Consulter la page
- Normandie Tourisme. « Chêne Hippolyte » — arbre remarquable de la forêt des Andaines, âge, dimensions, origine du nom et Hippolyte Foinet. Consulter la page
- Destination Domfront Bagnoles. « Une forêt Arthurienne » — forêt des Andaines, Arthur, Fosse Arthour, Balade du Roi Arthur, route de Lancelot du Lac, arbres remarquables et Pierre au Trésor. Consulter la page
- Destination Domfront Bagnoles. « Randonnée B2 : La Balade du Roi Arthur » — circuit de 5,5 km, prieuré Saint-Ortaire, sources, chênes Roi Arthur, Lancelot et Hippolyte et Pierre au Trésor. Consulter la page
Sources consultées le 27 septembre 2026.